pour la valeur "herrbach" de la facette noms
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Conscrits Limersheim 1943Fond Freyd Dominique
Charle Béné l'Alsace dans les griffes Nazies volume IV
Limersheim est un paisible village au nord-ouest d'Erstein. Le 17 février 1943, douze de ses garçons des classes 1914 à 1919 sont convoqués au chef-lieu pour se présenter devant le Conseil de révision. Le recensement dans leur village s'était déroulé sans incidents, mais depuis lors ils ont réalisé l'énormité de leur incorporation dans l'armée allemande après avoir servi et combattu sous le drapeau français. Avec cet argument, ils se présentent dans la matinée à la mairie d'Erstein. Le brigadier des Feldgendarmes, un homme déjà âgé, les rappelle à l'ordre en invoquant que Napoléon a également recruté dans les régions conquises sans demander l'avis de quiconque lors de sa campagne de Russie. Il ajoute : "Taisez-vous, sinon autre chose vous attend. Attention ! Si vous faites les malins, il va vous arriver un mauvais tour !" Les douze Alsaciens qui viennent de lire dans le journal du matin qu'un groupe de jeunes réfractaires de Ballersdorf a été condamné à mort et fusillé ne s'opposent plus aux formalités du Conseil de révision tout en continuant à maugréer. (1) En sortant de la mairie, les nouveaux "conscrits allemands" entrent dans un café où les discussions continuent sur un même ton de révolte. Un portrait de Hitler, accroché au mur, va terminer sa mission de propagande dans le fourneau de l'établissement, sous le regard horrifié de la patronne. Après avoir traîné dans Erstein tout l'après-midi, les douze jeunes gens rentrent à Limersheim et se donnent rendez-vous après dîner au restaurant Kieffer dont le fils fait partie du groupe de conscrits. A 21 heures, ils se retrouvent tous ensemble; les discussions reprennent. Marcel Kieffer monte au grenier du restaurant où est caché un grand drapeau tricolore avec lequel sa classe avait défilé lorsqu'elle avait passé devant le Conseil de révision pour l'armée française. Après avoir fixé le drapeau à sa hampe, tout le groupe fait le tour du village en chantant des refrains français. Arrivés devant la mairie, ils s'arrêtent devant le grand mât au sommet duquel est hissé le drapeau à croix gammée lorsque certaines cérémonies occasionnent la "Flaggenhissung" (hissage du drapeau). L'idée leur vient de le remplacer par le drapeau français. Comme il n'est pas possible de hisser le drapeau à l'aide du haubans, Charles Reibel le prend sous le bras et grimpe au haut du mât. Il en avait l'habitude, car à cette époque encore des mâts de cocagne étaient dressés lors des fêtes de village. Lorsque le drapeau est fixé, les jeunes patriotes se mettent en rang devant le mât. Joseph Ott commande le garde-à-vous et salue les couleurs françaises. Ils partent ensuite en laissant le drapeau au sommet. En arrivant devant le bâtiment où habite l'appariteur du village, le groupe est fasciné par une grande cage grillagée où sont fixés les communiqués officiels allemands. Alfred Ringeisen prend la hampe du drapeau et démonte le grillage. Tous les papiers qui se trouvent à l'intérieur sont enlevés et déchirés. Finalement tous ensemble se rendent chez leur camarade Aloyse Glasser qui leur sert un bon jambon bien dissimulé dans le grenier. Vers le matin, chacun rentre chez lui sans penser aux conséquences possibles, lorsque les Allemands découvriront les dégâts... Pendant la nuit, quelques personnes du village qui, de loin, avaient suivi les douze conscrits, ont descendu le drapeau français du mât mais n'ont pu réparer les dégâts à la cage d'affichage. Dès le matin, la nouvelle des exploits de la nuit est rapportée à l'Ortsgruppenleiter M., grand chef nazi du village (2). Celui-ci leur fait parvenir l'ordre de se rassembler immédiatement au poste de garde à côté de la mairie pour une communication importante. Les jeunes s'y rendent sans penser que cette convocation était en rapport avec les évènements de la veille. Alors qu'ils sont tous rassemblés dans l'attente de la communication annoncée, ils entendent soudain un claquement de bottes à l'extérieur qui s'arrête brusquement devant le poste de garde. Le brigadier Russ de la Feldgendarmerie d'Erstein, accompagné de cinq de ses hommes, est venu boucler l'endroit. Sans explication, les douze conscrits sont conduits à la mairie. La nouvelle de l'arrestation de ces garçons traverse le village comme un éclair. Bientôt une grande partie de la population se trouve rassemblée et s'élève contre de tels procédés. Le père Joseph Bottemer est particulièrement excité et pénètre de force dans la mairie. Il est prié de sortir et a de la chance de n'être pas arrêté. A un moment donné, l'Ortsgruppenleiter sort en compagnie du brigadier Russ. Le bon vieux gendarme de la veille en profite pour dire aux malheureux conscrits qu'il les a bien prévenus de ne pas faire les imbéciles et que si c'était à lui de décider de leur sort il leur infligerait une bonne raclée et les laisserait courir. "Maintenant cette histoire est allée trop loin" ajoute-t-il encore, "vous êtes dans le bain et je ne peux plus rien pour vous". Au bout d'un long moment d'une attente angoissée, un camion s'arrête devant la porte de la mairie. C'est un véhicule à plateau destiné au transport de charbon que la Feldgendarmerie a réquisitionné chez une entreprise d'Erstein. On y fait monter les douze rebelles qui sont conduits au chef-lieu, encadrés par les cinq gendarmes en armes. A la gendarmerie d'Erstein, commencent immédiatement les longs interrogatoires habituels, largement agrémentés de gifles et de coups de bottes. Le brigadier Russ est particulièrement méchant; il est vrai qu'il n'a pas tous les jours l'occasion de faire état de sa puissante autorité. Dans la soirée, ses pauvres victimes sont enfermées, deux par deux, dans les cellules qui se trouvent au sous-sol de la gendarmerie. Le lendemain 19 février, tout le groupe est conduit au camp de Schirmeck où le Commandant Buck leur a réservé la traditionnelle réception qui met les jeunes Alsaciens en contact avec la réalité de l'éducation nazie. Or, dans chaque rébellion il y a forcément un meneur. C'est Charles Reibel, un garçon turbulant, qui est désigné d 'office. Il a déjà eu beaucoup de démêlés avec son Ortsgruppenleiter M. et celui-ci ne l'aime guère, connaissant surtout ses sentiments antinazis. Il a d'ailleurs également été informé que Charles Reibel a monté le drapeau français au haut du mât devant la mairie. Mais à l'arrivée au camp de Schirmeck, le Commandant Buck fait enfermer par erreur son frère Paul au Bunker où il est particulièrement mal traité. La Gestapo de Strasbourg vient à deux reprises pour procéder à un nouvel interrogatoire de tout le Groupe. Le 17 mars 1943, le Commandant Buck reçoit du Gauleiter le verdict de la condamnation à mort et l'ordre d'exécution de Charles Reibel sans qu'il y ait eu procès, moyen de défense et recours en grâce. Lorsque les SS se rendent au Bunker pour chercher Charles Reibel, ils se rendent compte que c'est son frère Paul qui a été mis au cachot. Le condamné qui se trouve alors dans le commando en partance pour la carrière d'Ersbach est sorti des rangs et immédiatement conduit au Vorhof. Les prisonniers affectés aux cuisines des SS, située dans le Vorhof, ont rapporté que Charles Reibel et Anselme Herrbach de Nothalten ont été enchaînés ensemble à l'aide d'une paire de menottes. Après la lecture de la sentence de mort par le Commandant Buck, on les fait monter et coucher à plat ventre dans une camionnette afin qu'ils ne puissent être vus de l'extérieur ou pour mieux prévenir une tentative d'évasion. Le lendemain matin, Karl Buck donna connaissance aux onze rescapés d'un bref communiqué des "Strassburger N.N.", journal nazi, annonçant la condamnation à mort et l'exécution des deux patriotes. Le bruit courut qu'ils avaient été abattus lors d'une tentative d'évasion mais on peut admettre qu'ils ont été fusillés à la Sablière du Struthof, comme tous les autres condamnés à mort réfractaires à l'incorporation de force dans la Wehrmacht. Des onze conscrits de Limersheim qui furent incorporés sans revoir leurs familles, deux sont morts sur le front russe et trois autres peu après la libération, des suites directes de leur séjour sur le front de l'Est. (3) (1) Témoignages de Georges Demangeat et Joseph Ancel. Enquête de Raymond Wetzel. (2) Condamné après la guerre à 15 ans de T.F. (3) Témoignages de Joseph Bottemer et Denis Staub. 1943 |